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Une odeur de craie. De poussière aussi. Une odeur sèche, presque aride dans l’or qui tombe des larges fenêtres.

On peut fermer les yeux. Il faut fermer les yeux pour se souvenir. Les paupières closes forment un écran et les yeux fermés, on sait où on est. Il suffit de sentir le froid du bois, lasuré encore et encore, gravé de mots presque comblés par le vernis, et ce plat bancal, qui monte légèrement et porte un trou net en son angle. On y met les ciseaux désormais. Plus bas, un siège, maintenu à la table par une barre en fer rond et peint en vert sombre.

Un pot. Des stylos, des crayons. Le chaud du bois, cette fois, entre les doigts. Crayons à papier, crayons de couleurs ; ils ont une odeur fruitée et boisée, une odeur de forêt fraichement taillée. Un petit pot rond. Dedans, emprisonné comme le plus subtil des parfums, un nectar, une odeur chimique qui monte d’une languette blanche en plastique.

Les mains fouillent la case sous le plateau. La pulpe des doigts rencontre une surface plastifiée, froide et légèrement rugueuse. Les mains s’en saisissent ; elles ouvrent le cahier comme un coffre et caressent le duvet des pages encore vierges.

Des odeurs chimiques, des sensations naturelles. Madeleine de Proust tactile et odorante, enfance écolière, lointaine déjà.

A l’heure des tableaux numériques.

A l’heure des tablettes tactiles.

A l’heure des caractères aseptisés.

Le futur se meurt.