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Je marche le long du chemin recouvert de gravier. L'air est frais et piquant. Le ciel d'un mauve paresseux se fond dans l'or du petit matin. Je n'ai pas dormi, je ne dormirai plus jamais. J'ai passé la nuit à errer, prononçant ton nom aux arbres. Les peupliers m'ont répondu que je suis folle, et les reinettes ont ri sur mon chemin. 

Je mangerais mes mains s'il me le demandait, je cesserais de rire s'il me le demandait, je me tairais à jamais s'il me le demandait... Mais il n'a que faire de mes mains, il n'a que faire de ma tristesse, il n'a que faire de mon silence. Il évolue dans ce monde clos où je suis exclue. 

Je l'ai vu hier, je l'ai vu et je l'ai suivi, pas à pas. Il n'a rien remarqué. Demain, j'inviterai une fanfare pour qu'il s'aperçoive de ma présence, demain je lancerai des chiens aux trousses de ses amis. Les chiens les mangeront ; alors il sera seul. Alors il me verra, victorieuse, et il me parlera. 

Je suis allongée sur mon lit et je fume. La lumière jaune de la lampe tamise la chambre, la fumée la rend opaque. J'ai le goût du bourbon en bouche, sur le bout de la langue, contre mon palais. Couchée sur mon ventre, L'invitée, retournée. Près de ma matrice elle est bien. Je scrute les fissures du plafond en pensant à...

...Cette autre sur laquelle il a jeté son dévolu. Je tourne la tête. Elle me regarde de ses grands yeux, des mugissements traversent son baillon. Je vais fermer la porte du placard.