Goutte à goutte
Une autre.
Encore une.
Les gouttes tombent comme les secondes dans le sablier de la vie. Mais pourtant, à l'inverse du temps, les gouttes l'éloignent de la mort. Mélange d'antidouleur et de nutriments, liquide transparant et inodore, poche qui se vide lentement comme ses poumons au rythme de son souffle. Homme ou femme, c'est égal : la corps qui repose n'est plus qu'un corps, sans identité, sans personnalité, sans âme.
D'ailleurs, où est-il ? Dans les limbes, dans le passé ? Son passé ? Dans le néant ? Dans le coma.
Les draps blanc du lit couvrent sa nudité, les murs clairs renvoient les rayons de soleil qui entrent timidement dans la chambre caverneuse, d'où ne filtre qu'un léger bip bip bip... Sous la porte, les ombres des pas du couloir dansent.
La porte est fermée. Mais l'on peut voir le lit à travers la vitre. Autour du lit, un fin rideau de gaze bleutée. On n'est plus personne, donné ainsi au regard des passants. On ne dispose plus de rien, pas même de sa mort. La vie est bien trop ancrée dans le collectif pour que l'on puisse aller à son encontre. Il paraît évident que l'on veuille s'y accrocher, s'y accrocher comme on se pend à un fil, un tuyaut de catétaire.
Un tuyaut de catétaire qui distille la vie dans les veines.
Réduite à son plus simple appareil. Un appareil cardiaque confirme qu'elle est encore là.
