Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Adèle Chartier
Publicité
Derniers commentaires
27 mars 2014

extrait d' "Une Nuit"

Vendredi 6 mai, 00h30, Juvisy

 

 

 

Une vigne. Elle dore au soleil, les grains vermeil cuisant lentement, patiemment, pour donner un vin fruité, et ces feuilles, vertes tachées de rouge, presque irisées, parfois mauves ; il tient tout cela dans sa main cagneuse et musclée, et il parle à la caméra, « ça, ça va donner du bon vin, ça, bonne année, oui ». Et il a l’air satisfait, de lui et de ses ceps, mais elle ne le regarde pas, elle s’est endormie.

                                                      *

Sa tête s’était inclinée légèrement sur son épaule droite, penchée qu’elle était par ses jambes repliées sous elle. Sa poitrine se gonflait lentement, et elle avait une respiration forte mais calme. Un papier de Mars gisait sur la table basse, à côté de la télécommande, papier gras recouvert par endroits de caramel fondu qui a coulé, échappé du Mars explosé.

redevance-teleLe vigneron projetait sur son visage impassible ses flashs lumineux et brefs, et le poste émettait parfois un craquement, mais elle ne se réveilla pas. Ce n’était pas un sommeil profond, juste un assoupissement, mais elle était trop bien comme cela, elle vivait un moment suspendu dans le temps, se réveiller aurait rompu le charme, même pour aller se coucher, surtout pour aller se coucher. Elle savait que le temps passait partout, qu’il coulait comme son sang dans ses veines, et que le temps s’arrêtera sûrement avec sa mort, comme son sang dans ses veines, mais elle restait comme cela, à demie consciente du « tac, tac, tac » de l’horloge du séjour, sise entre deux rangées de livres recouverts de faux cuir rouge grenat, et tiens, il faudra qu’elle fasse les poussières là-bas, cela fait longtemps qu’elle ne s'en est pas occupée…

Le vigneron présentait ses tonneaux pleins de raisin qui fermentait, produit local, produit du terroir, l’air pur, par là-bas, lui ferait le plus grand bien, si seulement elle prenait le temps de consulter les brochures, elle n’y était jamais allée, peut-être avec Jacques, un weekend à la campagne, à boire du vin entre les cépages, sur une terrasse de vieilles pierres cuites au soleil d’août, sous un olivier centenaire, elle voyait la lumière verveine et bière et miel à travers les branchages, tous deux, à savourer le bonheur d’être à deux, oui, elle aimait le bon vin en plus, mais pas le temps, il ne faut pas se torturer ainsi, voyons, Agnès.

Publicité
Commentaires
Adèle Chartier
Publicité
Publicité
Newsletter
Archives
Visiteurs
Depuis la création 5 414
Pages
Publicité
Publicité