Soleil brumeux
Le bitume fond sur les grandes routes droites, filant entre les prés desséchés et les mares taries. Dans les pentes, on voit le reflet moiré et les vapeurs toxiques qui montent vers les narines. Je me traine au milieu de la chaussée, freiné par mes pas mangés par l'asphalte mou.
La route est déserte. Les voitures ne peuvent pas rouler, aujourd'hui. Pic de pollution, ils ont dit. Mais je crois bien que c'est trop tard. Déjà, le soleil est caché par le nuage de pollution, la brume noire et immuable.Je lorgne sur le ciel mat, d'un bleu voilé de marron. Ou de gris. De sale, en tous cas, de méphitique, mais je n'ai jamais connu autre chose.
Juillet : il fallait s'en douter. La chaleur ne nous a pas pris par surprise, c'était téléphoné. Mais c'est une fournaise, comme chaque année, si bien qu'on se demande comment on pourra respirer l'année suivante. L'année suivante, si on est encore en vie...
Je réajuste mon masque à oxygène qui me fait transpirer atrocement. Ils sont devenus indispensables. Mais ils n'empêchent pas les cancers, qui se développent toujours plus vite sous notre dôme d'oxyde de carbone. Ils vont de paire avec les maladies de peau, qui se sont déclarées de plus en plus souvent à cause des métaux présents dans les gaz rejetés massivement.
Juillet 2080. Je m'apprête à fêter mes vingt ans. Mais je crois que je n'irai pas au-delà.
