Retour sur l'écriture d'Une nuit
Comment m'est venue l'idée d'Une nuit ?
C'était par une nuit chaude de l'été dernier. Je me tournais et me retournais dans mon lit. J'étais en sueur, un peu comme Anh Dao Linh au début du roman. J'ai pensé à cette atmosphère, je me suis dit que cela ferait une bonne ambiance. Petit à petit, j'ai songé à ce qui aurait pu arriver au héros pour être dans des états pareils : la canicule n'était pas assez originale pour l'instrigue. J'ai donc songé à une personne agressée, en proie à son traumatisme, une jeune fille, même, asiatique. Les traits se sont peu à peu formés dans mon esprit, et je me suis dit que cela serait intéressant de mettre en parallèle la nuit d'autres personnages, avec leurs propres démons.
Comment sont venus les personnages ?
Anh Dao Linh était la première. Je l'aime bien, j'ai beaucoup d'affection pour elle. Quand je décrivais ce qui lui arrivait, j'avais envie de lui caresser les cheveux.
J'ai tout de suite créé Marc, le trader, aux antipodes d'Anh Dao Linh. J'ai petit à petit mis de l'eau dans mon vin, en décidant qu'il n'était pas foncièrement mauvais...
J'ai par la suite créé Monique, la prostituée, et André. Ils sont arrivés en même temps, leur lien a été très clair dans mon esprit, dès le départ. Monique, qui devait ,'être qu'une simple prostituée, s'est peu à peu mutée en vieille femme, qui s'est mise à faire le trottoir sans s'en rendre compte. Je l'aime autant qu'Anh Dao Linh, je crois que ce sont les deux personnages qui m'émeuvent le plus.
Pour le SDF - qui n'a pas de nom, c'est voulu - la création a été plus lente. Il me fallait songer à son histoire avant le roman, et avant la rue. Car on naît rarement sans domicile. Au moment de l'écriture, on était encore en plein mariage pour tous, avec les manifestations contre, les propos écoeurants des antis. J'ai donc eu l'idée d'en faire un homosexuel, chassé de chez lui pour cette raison.
Pour Alice, la pompier, c'est à cause de mon métier de journaliste. J'ai pu suivre une équipe de la BSPP (Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris), dirigée par une jeune femme, stagiaire et élève au sein d'une grande école. Je devais sortir les impressions que j'avais eu, durant cette nuit de reportage, c'était tellement intense. Le récit ne reprend pas mon reportage, tout est fictionnel, mais je pense avoir réussi à rendre ce que j'ai vécu, durant cette nuit exceptionnelle.
Enfin, Agnès, la mère de famille, est arrivée bien plus tard. Je l'ai ajoutée quand le roman était achevé. Il s'agit de la collègue de Marc, celle au bureau bien rangé. Je me suis dit qu'il me fallait, après lecture, une personne plus "normale", qui passait une nuit en apparences sans histoires, mais avec quand même des failles, des problèmes...
Comment j'écris ?
Partout, tout le temps. Du temps où je travaillais, j'écrivais dans le RER, à la pause, au parc Monceau, entre deux articles,... J'écrivais le soir, j'écrivais les week-ends. Parfois, j'étais plusieurs semaines sans écrire, mais je pensais tout de même au roman, je le laissait se décanter dans mon esprit. A présent, j'écris en journée, plusieurs heures d'affilée. Le soir, j'ai mal au dos !
Combien de temps pour l'écrire ?
Une nuit a été commencé en août 2013, et achevé en juillet 2014. Il m'a fallu sept mois pour l'écrire, quatre pour le relire et le corriger. C'est ce qui est le plus intense, et le plus éprouvant. A force de lire et de relire, on ne voit plus les fautes, et on est presque écoeuré par ce qu'on a écrit. Mais c'est important, il faut d'abord ôter les fautes d'orthographe, sinon on n'est pas crédible. Ensuite, place à la grammaire et au vocabulaire. Enfin, il faut également corriger l'intrigue, les erreurs dans le scénario, etc. Cela doit se faire en prenant le temps de s'aérer la tête. Car pour l'auteur, tout semble évident, compréhensible. Normal, nous avons le roman, mais également tout ce qui gravite autour, en mémoire. Le lecteur n'a pas cela, il a seulement le texte. Quand celui-ci n'est pas clair, il ne comprend pas. Il faut donc prendre le roman comme si on était un lecteur extérieur, qu'on ne connaissait rien de la trame ou des personnages, et traquer les points qui semblent obscures, pour les corriger.
Quelles ont été les plus grosses corrections ?
J'ai revu l'agencement des chapitres, suite au retour d'un éditeur. Il avait aimé le style, les personnages, et l'intrigue, mais avait trouvé qu'on s'y perdait, dans les chapitres. A l'époque, on suivait, heure par heure, les huit personnages - car il y en avait huit, à l'origine. J'ai donc supprimé un personnage, et réagencé les chapitres. Ils sont plus gros, on omet, à certaines heures, des personnages, mais cela me semble plus clair, moins embrouillé. Je suis reconnaissante à cet éditeur pour le retour qu'il m'a fait : j'avais songé à ce problème de chapitre, au moment de l'écriture. Il a confirmé mes craintes.
Pourquoi "Une nuit" ?
Il me fallait un titre simple, mais frappant. "Une nuit" est parfait, parce que c'est tout à fait cela : il s'agit de la description d'une nuit lambda. Cela aurait pu en être une autre, cela aurait pu se passer ailleurs. C'est comme si j'avais piqué, au hasard, une nuit dans le calendrier, et quelques personnages. Il se trouve que certains sont liés, mais pas tous. C'est un peu ça, la vie, non ?
166 pages
110 x 155
13 euros
