Adèle Chartier

13 avril 2017

Bonjour à toutes et tous !

Changement de site : retrouvez-moi sur anaisgrockowiakblog !

A très vite !

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22 octobre 2016

Les écorchés - extrait

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"Il avait senti monter la nausée. Ses mains avaient agrippé le rebord de la table. Le coup de poing était parti. Il avait sursauté. Il était blême et tendu. Maman était par terre, allongée. Papa avait marché vers elle, et lui avait donné un coup de pieds. Puis il s’était abaissé, et avait frappé maman à la tête, qui protégeait son crâne de ses bras nus et bleuis.
          Il ne savait pas quoi faire. A chaque fois, c’était comme s’il était bloqué, paralysé, incapable de penser. Son corps ne répondait plus, pas plus que son esprit, qui demeurait larvaire dans des sortes de limbes. Il voyait, il entendait, mais tout cela semblait venir de très, très loin. Une étrange sensation, mêlée à une impression de déjà-vu, qui le révulsait.
          Teddy respirait plus fort, plus vite aussi. Sa respiration sifflait, si bien qu’on aurait pu croire qu’il était en train de faire une crise d’asthme. Mais ce n’était pas cela, il se reprenait toujours. Il se reprenait toujours avant que ça ne craque. Il se reprenait en voyant soudain la porte, cette porte si proche qu’il suffisait de franchir, cette porte qui lui permettait de courir tout son soul, faire baisser l’adrénaline, et se calmer, enfin, pour quelques heures.
          Il était allé chez madame Leblanc, il avait attendu quelques heures. Puis, son père était venu le chercher sans rien dire, et il l’avait suivi. Il l’avait mis au lit, et Teddy avait entendu l’eau couler dans la salle de bain. Mais maman n’était pas venue. Il avait eu peur, au début ; puis, usé par la fatigue et la tension, il s’était endormi."

Les Ecorchés by Anaïs Grockowiak (Paperback) - Lulu

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21 octobre 2016

Les Ecorchés - première page

Pour vous faire découvrir un peu de cet univers, voici les premières lignes du chapitre 1 de mon nouveau roman Les Ecorchés.

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"La première fois qu’elle la vit, Andrea sut que c’était une femme battue. Elle n’avait pas encore touché les bleus sur sa peau, devenus violets, marron ; elle n’avait pas encore assisté aux coups, aux cris. Mais il y avait dans la démarche de l’inconnue une crispation, un recroquevillement comme on en trouve chez ceux qui s’excusent d’exister. Chez ceux qui ont peur. L’inconnue se faisait petite, comme si elle craignait qu’on la remarque, comme si c’était scandaleux de se trouver là, marchant sur le trottoir, au milieu des autres.
          On était aux premiers jours d’octobre. L’air était frais et le ciel bas, alourdi de gros nuages menaçants. La petite ville de Black Creek, Caroline du Nord, se hâtait de rentrer chez elle avant la bourrasque. Des pick-up tachés de rouille charriant de gros sacs mous jetés à l’arrière roulaient plus vite, pour arriver avant l’averse et éviter aux occupants de se faire saucer en traversant leur cour. Tout le monde courrait plus ou moins dans les rues, en tenant son chapeau, sa casquette, en relevant son col de blouson. Andrea se surprit à hâter le pas, mais plus pour suivre la femme que pour se réfugier chez elle.
          C’était la première fois qu’Andrea voyait l’inconnue. Elle vivait depuis cinq ans à Black Creek – depuis que sa femme était morte d’un cancer. Bien sûr elles n’étaient pas mariées au sens premier du terme, avec pasteur et registre d’état civil, mais elle avait toujours considéré Dani comme son épouse légitime. Il y avait eu une cérémonie sur la plage, au goût salé, il y avait eu un feu de camp, Dani en jean et blouse blanche, Andréa en jean et blouse noir, yin et yang solaires, les rires avaient fusé toute la soirée et on s’était endormi avec les amis au petit matin, près des braises rougeoyantes alors que le soleil se levait derrière la ville. Dani était son grand amour, sa confidente et son ennemie, le tout à la fois. A sa mort, survenue à petits feux, Andrea avait tout plaqué et quitté San Francisco pour venir s’enterrer dans ce patelin, au milieu de ses 2 584 âmes.
          Andrea était photographe de profession. Elle avait posé des annonces partout dans la ville. Elle avait de l’argent de côté, des beaux dollars qui lui restaient de la vente de son appartement, mais elle ne voulait pas y puiser indéfiniment. Elle avait rapidement eu des coups de fils de villageois, alléchés par ses tarifs et la nouveauté qu’elle suscitait. Il n’y avait pas de photographe à Black Creek, et de mémoire d’homme, il n’y en avait jamais eu. Bien sûr, certains avaient argué qu’on n’avait pas besoin de cette futilité ; mais la méfiance s’était
bien vite dissipée. Andrea avait gagné la confiance des habitants et se déplaçait chez les gens,
y posait son appareil et mitraillait les familles, parfois les enfants seulement.
          Elle était douée avec les gosses, ils avaient une belle trombine sur ses clichés, souriants de toutes leurs dents, même quand il en manquait. Et elle aimait ça, elle demandait si la fée des dents était passée, et les gamins répondaient oui, ils lui montraient leurs trésors,
un beau billet tout neuf d’un dollar pour les plus chanceux.
          Plus tard, quand elle a eu assez de clients réguliers, elle a ouvert une petite boutique sur Kennedy boulevard, en plein centre ville. Sa petite affaire prospérait tranquillement. Andrea se sentait intégrée au patelin. Elle souriait aux gens quand elle les croisait, leur lançait un bonjour amical. Il y a fort à parier que s’ils avaient su qu’elle était lesbienne, ils ne lui auraient pas souri avec cet enthousiasme, mais enfin, elle ne le disait pas, et ce n’était pas écrit sur son visage – même si, à Black Creek, une femme seule, c’était suspect.

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20 octobre 2016

Publication de "Les Ecorchés"

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L'automne s'installe... place aux longues soirées un peu mornes !

Pour vous évader, quoi de mieux qu'un (bon) livre ? Bonne nouvelle : mon dernier roman, Les Ecorchés, vient de paraître !

Profitez vite des 10% de remise pour le lancement !

"Black Creek, Caroline du Nord. C’est dans ce patelin de 2 584 âmes que des destins se croisent pour parfois se mêler : une lesbienne, qui tombe amoureuse d’une femme battue ; un homme qui ne se contrôle pas ; une vieille voisine, qui s’occupe de l’enfant du couple, en ressassant ses secrets ; un sergent de police locale, qui attend avec impatience la naissance de son premier enfant, une institutrice à l’aspect bien trop jovial pour être honnête…

Un roman noir, sur une petite ville comme il y en a tant."

 

Les Ecorchés by Anaïs Grockowiak (Paperback) - Lulu

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13 janvier 2016

D’Istanbul, je me souviens surtout du ciel. Il avait plu durant toute la semaine ; ciel bas, gris, nuageux, avec des hachures de pluie ; ciel opaque, comme pour nous forcer à garder le regard sur la terre, sur les hauteurs de la ville, la vallée du Bosphore, pour ne pas dépasser les toits des immeubles. Etre dans la ville, et rien que là.

Et puis le soir. L’orange, le rouge qui éclot, comme un matin de printemps ; la nuit qui se lève – la nuit ne tombe pas –, douce, violette, d’un violet profond, de velours, les étoiles qui s’allument, l'ambiance des mille et une nuit chaque soir.

C’était à l’heure de la prière. Dans la ville, les mosquées se réveillaient. Les mosquées sont nombreuses à Istanbul. Grande Mosquées, Sainte-Sophie, Mosquée Bleue. Les dômes arrondis adoucissent les minarets pointés vers le ciel. Masculin-féminin, orient-occident, tout se mêle à Istanbul. Devant, un chant s’élève, langoureux, tenace, pénétrant ; puis derrière ; puis à droite – canon religieux, presque mystique, de voix mécaniques, sortant des haut-parleurs.

Les rues ne s’animent pas, les stambouliotes vivent depuis le matin. Autour de moi, la foule se meut d’une humeur égale. Mais durant cet instant sacré, je communie avec eux. Je suis eux. Je suis la foule. Je suis stambouliote. Pourquoi pas musulmane. Durant ces chants, le ciel mauve se fond dans les blues profonds.

Une explosion. Ce n’est pas cela que je retiens d’Istanbul. Istanbul est une fusion des couleurs, des formes et des parfums. Rien n’y est abrupte, rien ne devrait choquer l’ordre naturel des choses – Istanbul est un cosmos harmonieux. Mais une explosion, pourtant. Près de mosquées. C’est ce qu’ont dit les rares médias qui en parlaient. Pourquoi personne ne parle d’Istanbul ? Et ceux qui l’évoquent ont oublié cette chose essentielle : la quiétude d’Istanbul, la force de son calme, les paillettes allumant le Bosphore quand le soleil se couche.

Istanbul n’est pas Paris, Istanbul est autre chose. Mais parler d’Istanbul, c’est parler de la vie. C’est parler des cœurs qui battent, des souffles qui se mêlent.

Et des pleurs, aujourd’hui.

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